Le paradoxe culturel mauritanien/El Wely Sidi Heiba

أربعاء, 24/06/2026 - 12:39

À l’heure où les nations rivalisent d’ambition pour ériger des pôles d’innovation, stimuler la création et élargir les espaces du dialogue culturel, notre paysage culturel présente une singularité qui ne peut qu’interpeller et du coup interroger.

Nul salon ni café littéraire ne s’offre comme lieu de rencontre aux écrivains, aux créateurs, poètes et penseurs pour confronter leurs idées et enrichir leurs expériences. Nul théâtre ne joue pleinement son rôle de scène vivante, capable de porter les grandes œuvres vers le public et d’offrir aux artistes un espace d’expression à la mesure de leur talent. Nulle salle de cinéma ne permet au citoyen d’accéder aux courants contemporains de la création cinématographique ni de découvrir, à travers le regard des autres peuples, la diversité des expériences humaines.

Plus préoccupant encore, notre quotidien demeure privé de ces festivals culturels spontanés qui, ailleurs, insufflent rythme, vitalité et continuité à la vie intellectuelle. Il manque également des espaces d’exposition permanents où les nouvelles générations d’écrivains, d’artistes et de créateurs pourraient présenter leurs œuvres, exprimer leur sensibilité et témoigner de leur époque avec ses langages, ses outils et ses aspirations.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que notre société regorge de talents prometteurs et d’énergies créatrices dans les domaines de la littérature, des arts et de la pensée. Pourtant, ces ressources humaines d’une valeur inestimable se trouvent souvent condamnées à l’isolement, à la marginalisation ou aux contraintes de chercher ailleurs les conditions de leur épanouissement, faute d’un environnement culturel structuré capable de les accueillir, de les accompagner et de révéler pleinement leur potentiel.

Or, la culture qui n’est, ni un luxe ni un supplément d’âme, constitue l’un des fondements essentiels du développement humain qui façonne les consciences, nourrit l’esprit critique, renforce le lien social et participe à la construction d’une citoyenneté éclairée. Lorsque les espaces de création et de dialogue se raréfient, les perspectives de renouveau se rétrécissent, les passerelles entre les générations s’affaiblissent et la société se prive de l’un des moteurs les plus puissants de son progrès.

L’enjeu aujourd’hui ne se limite pas au simple soutien des créateurs mais il consiste, au-delà, à bâtir un véritable écosystème culturel intégré, où l’écriture, la poésie, le théâtre, les arts visuels et le cinéma retrouveraient une place centrale dans la vie collective. Car investir dans la culture, c’est investir dans l’intelligence d’une nation, dans sa mémoire, dans son imaginaire et, avant tout, dans l’être humain lui-même.