Inchiri: Une révolution dans la conception de la richesse .. Les ressources ne deviennent richesse que par la capacité à les transformer/El Wely Sidi Heiba

سبت, 26/09/2026 - 19:24

Les ressources sont le point de départ, le savoir l’outil, et le travail la force, et l’être humain est le maillon qui transforme tout cela en richesse véritable. »
Le Président de la RépubliqueMohamed Ould Cheikh El Ghazouani,

Une fois encore, la visite du Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, dans la wilaya de l’Inchiri ne saurait être réduite à une simple tournée de terrain destinée à prendre le pouls de la wilaya, à s’enquérir de ses réalités quotidiennes et à mesurer l’ampleur de ses défis en matière de développement, mais s’inscrit pleinement dans une démarche de proximité avec les citoyens et les acteurs locaux, et porte surtout, dans l’une de ses dimensions les plus significatives, un message économique dont la portée dépasse largement les circonstances immédiates de son énoncé, parce qu’il touche à l’une des questions fondamentales de l’expérience économique mauritanienne : Comment un pays doté d’importantes ressources et de vastes potentialités peut-il transformer cette richesse potentielle en production, en valeur ajoutée, en emplois et, au-delà, en prospérité durable pour sa population ?

Dans son discours à Akjoujt, le Président de la République a entrepris de remettre les concepts à leur juste place, en établissant une distinction essentielle entre la richesse potentielle et la richesse effectivement créée, entre ce que renferme le territoire et ce que l’intelligence humaine est capable d’en tirer. Car posséder des minerais, des terres, de l’eau, des ressources halieutiques et de vastes espaces ne signifie pas, à lui seul, disposer d’une richesse pleinement constituée dans son acception économique et sociale ; toutes ces ressources ne sont, au départ, qu’un potentiel, une énergie en attente, qui ne devient véritablement richesse qu’au moment où le savoir, la compétence, l’investissement, l’organisation et le travail viennent les transformer en production, en valeur ajoutée, en revenus, en emplois, en entreprises et en services, avec une traduction concrète dans la vie quotidienne des citoyens.

C’est sans doute là que réside l’une des idées les plus fortes du discours à savoir que la richesse n’est pas seulement ce que possède un pays, mais ce qu’il est capable den créer.

Cette formulation, en apparence simple, constitue en réalité un déplacement majeur de la perspective économique, puisqu’elle invite à ne plus mesurer la puissance d’une économie à la seule abondance de ses ressources, mais à la capacité de ses hommes, de ses institutions et de son secteur productif à les valoriser, à les transformer et à inscrire leur exploitation dans des chaînes de valeur capables de produire durablement de la richesse. Le véritable écart entre un pays riche en ressources et un pays riche en création de valeur ne se situe donc pas nécessairement dans ce que renferme son sous-sol, ses eaux ou ses terres, mais dans la qualité des compétences dont il dispose, dans l’efficacité de ses institutions et dans sa capacité à transformer la connaissance en technologie, la ressource en production et la jeunesse en force économique.

Le choix de l’Inchiri pour porter une telle réflexion n’est, à cet égard, nullement fortuit. Par son poids minier, son histoire économique et les potentialités qu’elle concentre, la wilaya constitue un cadre particulièrement révélateur pour poser une question qui dépasse largement le seul secteur extractif : quelle différence y a-t-il entre extraire une richesse et créer de la richesse ? Le minerai qui sort du sous-sol marque le commencement d’un cycle économique, et non son achèvement, la véritable profondeur de la valeur apparaît lorsque l’extraction s’entoure d’un écosystème de compétences, d’ingénierie, de services, de technologies, de formation, de recherche, de transformation industrielle, de logistique et d’investissement, permettant aux compétences nationales de prendre part aux différentes étapes de la chaîne et de retenir davantage de valeur dans l’économie nationale.

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’insistance du Président de la République sur la jeunesse comme « véritable vecteur » et richesse du pays et sur l’apprentissage, la formation et le travail comme instruments de préparation de l’avenir.

Le discours ne réduit donc pas la jeunesse à une catégorie sociale à laquelle il faudrait simplement procurer des emplois mais la présente comme la force par laquelle les potentialités du pays peuvent être transformées en richesse réelle, faisant ainsi de l’être humain non plus un simple bénéficiaire des fruits du développement, mais l’un de ses principaux producteurs et créateurs de valeur. Et lorsque le Président résume cette orientation par l’appel à « travailler, puis travailler, puis travailler », il ne formule pas seulement une exhortation à l’effort individuel mais déclare le travail comme une valeur économique et sociale, un levier de production et l’un des fondements d’une transformation durable des mentalités.

Cette dimension donne au discours une portée qui dépasse le langage économique proprement dit, car le travail y apparaît comme bien davantage qu’un moyen d’accéder à un revenu, tandis que la formation ne se réduit plus à une préparation à l’emploi et que l’éducation ne saurait être considérée uniquement comme un droit social : tous trois deviennent des composantes d’une même stratégie de construction du capital humain, dans laquelle l’apprentissage permet d’acquérir les outils de production, la compétence permet de les maîtriser et le travail permet de les convertir en valeur économique et sociale.

Cette vision s’inscrit d’ailleurs dans une continuité perceptible à travers plusieurs messages portés par le Président de la République lors de ses déplacements dans les wilayas de l’intérieur, où il a régulièrement établi un lien entre l’éducation, la transformation de la société et le développement durable, tout en soulignant l’importance de l’investissement privé, de la création d’activités et de l’emploi dans les villes de l’intérieur, dessinant ainsi une conception du développement dans laquelle l’homme, le savoir, l’investissement et l’activité économique ne constituent pas des domaines séparés, mais les différentes dimensions d’une même dynamique nationale.

C’est pourquoi la « révolution » que l’on peut lire dans le message d’Inchiri n’est ni une révolution des ressources, puisque les potentialités de la Mauritanie existaient bien avant que ce discours ne les évoque, ni une révolution dans leur découverte, puisque les richesses minières, agricoles et halieutiques du pays sont connues depuis longtemps ; elle réside plutôt dans une révolution de la conception de la richesse elle-même, dans ce déplacement décisif qui conduit à ne plus poser uniquement la question de savoir ce que possède le pays, mais à demander ce que l’homme mauritanien est capable de faire de ce qu’il possède.

La différence entre ces deux interrogations est fondamentale : la première mesure le stock, tandis que la seconde mesure la capacité ; la première considère la ressource comme un aboutissement, tandis que la seconde la considère comme un commencement ; la première privilégie l’acte d’extraire, tandis que la seconde s’intéresse à tout ce qui permet de transformer l’extraction en valeur durable. Cette seconde approche place ainsi l’État face à une responsabilité plus large que celle de l’exploitation des ressources, puisqu’elle l’invite à investir dans l’éducation, la formation, les infrastructures, la recherche, les institutions, le secteur privé et les compétences, afin de construire l’écosystème capable de donner à ces ressources leur véritable portée économique.

Elle permet surtout de dépasser une conception du développement qui associerait mécaniquement l’augmentation de l’extraction à l’accroissement de la richesse nationale. Certes, l’augmentation de la production minière et des exportations de matières premières peut accroître le volume de l’activité économique, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à construire une économie diversifiée, résiliente et capable de créer des emplois nombreux et durables ; la véritable multiplication de la valeur intervient lorsque les compétences nationales investissent les domaines de la géologie, de l’ingénierie, des technologies, des services, de la transformation, de la logistique, du financement, de la gestion des projets et de la recherche-développement, faisant ainsi passer la ressource du statut de matière extraite à celui de point de départ d’un écosystème économique créateur de valeur.

La place accordée aux jeunes prend alors toute sa signification : elle traduit la volonté de passer progressivement d’une économie fondée principalement sur l’exploitation des ressources à une économie davantage fondée sur la compétence, de la simple consommation de la richesse à la maîtrise des instruments qui permettent de la produire, de l’attente d’un emploi à la participation à la création d’activités, et d’une conception de l’État comme principal fournisseur d’opportunités à l’élargissement d’une base d’acteurs économiques capables d’investir, d’entreprendre, de produire et d’innover.

Cette orientation interpelle également les institutions politiques, au premier rang desquelles le parti El Insaf, qui a accompagné la visite présidentielle dans l’Inchiri par des activités de sensibilisation et d’organisation destinées à soutenir la mobilisation autour de la visite et à contribuer à la diffusion du programme du Président de la République. La portée d’un tel accompagnement ne saurait cependant se limiter à la mobilisation ou à la présence sur le terrain : elle trouve sa pleine signification lorsque le message économique porté par le Président devient un sujet de compréhension et de débat au sein de la société, lorsque le lien entre science, spécialisation, compétence, travail et production est expliqué aux jeunes et lorsque les orientations nationales sont progressivement traduites dans les réalités économiques auxquelles ils sont confrontés.

Si le discours présidentiel place l’être humain au cœur de l’équation de la richesse, le rôle de l’acteur politique consiste dès lors non seulement à relayer le discours, mais à contribuer à son passage de la tribune à la société, de l’idée à la culture, de la culture au comportement et du comportement à la production. Dans cette perspective, El Insaf peut accompagner cette vision en favorisant davantage le débat autour de la formation professionnelle, des spécialités scientifiques et techniques, de l’entrepreneuriat, de l’investissement local et des opportunités économiques susceptibles d’émerger des transformations que connaît progressivement l’économie nationale.

Au fond, le message d’Inchiri ne porte donc ni sur les minerais seuls, ni sur la jeunesse seule : il cherche à réunir les deux dans une même équation économique, où la terre offre les potentialités, où l’être humain leur donne leur valeur, où les ressources ouvrent les possibilités, où le savoir les transforme en richesse, où l’investissement crée les conditions de leur valorisation et où la compétence garantit la continuité de cette dynamique. Dans cette conception, le travail ne se contente plus de répartir la richesse existante : il devient lui-même un acte de création de richesse.

Et c’est peut-être là l’idée essentielle qui se dégage du discours d’Akjoujt : un pays ne devient pas riche simplement parce qu’il possède beaucoup ; il le devient lorsqu’il acquiert la capacité de transformer ce qu’il possède en valeur, et cette capacité repose avant tout sur l’homme, le savoir, la compétence et le travail.