
De l’usage de la critique et de l’exigence d’exactitude
La critique est non seulement légitime en démocratie, mais elle en est incontestablement le moteur à condition qu’elle s’exerce à partir d’une lecture exhaustive des propos tenus et d’une pesée rigoureuse des faits. Or, l’analyse publiée à la suite de la conférence de presse présidentielle semble procéder davantage d’une grille idéologique préconstruite que d’un examen minutieux du verbatim.
L’affirmation de Samba Thiam (https://rapideinfo.mr/samba-thiam-analyse-conference-presse-president) selon laquelle le Président de la République entendrait clore le dossier du Passif humanitaire sans en reconnaître les racines historiques procède d’une lecture partielle de ses propos, que leur contexte dément clairement. En une matière aussi sensible, gouverner ne consiste ni à entretenir indéfiniment les blessures de la mémoire ni à se réfugier dans une commémoration sans fin, mais à apporter des réponses juridiques, matérielles et symboliques à la mesure des souffrances subies. C’est précisément le sens de l’engagement réaffirmé par le Président de la République, qui inscrit la poursuite du traitement de ce dossier dans une démarche de sérénité, de justice et de responsabilité, au service de l’intérêt supérieur de la Nation.L’évocation d’autres préjudices subis par des mauritaniens, qu’ils soient individuels ou collectifs, ne relève pas d’un amalgame indifférencié, mais procède d’une conception républicaine de la justice, selon laquelle toute injustice avérée mérite reconnaissance, sans que cette universalité de principe n’efface la singularité du Passif humanitaire. La République ne trahit pas une mémoire en en honorant une autre, mais affirme sa capacité à être équitable envers tous ses citoyens.
Il est tout aussi erroné de présenter l’état d’avancement du dossier comme incompatible avec la perspective d’un dialogue national inclusif, dès lors que celui-ci n’a ni pour vocation de suspendre l’action publique ni pour effet de remettre en cause les acquis déjà enregistrés, mais bien de les consolider, d’élargir le consensus autour des solutions retenues et d’en affiner les modalités de mise en œuvre.
Le dialogue et l’action ne relèvent pas de logiques concurrentes, mais d’une même dynamique, le premier renforçant la légitimité et l’appropriation des réformes, tandis que la seconde leur donne une traduction concrète au service de l’intérêt général.
Les spéculations sur un éventuel changement institutionnel relèvent, quant à elles, de l’hypothèse gratuite. Depuis son investiture, le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani n’a cessé de proclamer son attachement à la Constitution, à la régularité des processus électoraux et à l’État de droit. Dans tout régime démocratique, ce sont les règles et les échéances constitutionnelles qui garantissent l’alternance, non les procès d’intention ou les pronostics idéologiques.
S’agissant du traitement médiatique, les critiques adressées à la presse paraissent malheureusement disproportionnées, car une conférence de presse, par sa temporalité même, ne saurait épuiser la totalité des sujets nationaux. Les journalistes présents ont exercé leur métier en toute indépendance, dans le cadre de leurs choix rédactionnels et de leur appréciation souveraine de l’actualité. Inférer de l’absence de certaines questions un prétendu silence orchestré relève plus de la construction polémique que de l’observation méthodique.
Le véritable enseignement de cette conférence réside ailleurs. Il tient en la figure d’un Président disponible, pleinement maître de ses dossiers, répondant avec mesure et précision aux sollicitations, sans esquiver les sujets sensibles. Cette prestation confirme une méthode de gouvernance assumée : transparence, dialogue, et recherche de solutions pragmatiques aux attentes des citoyens.
Ceux qui persistent à n’y discerner qu’ambiguïtés et contradictions semblent parfois prisonniers de leurs propres catégories d’analyse, plus sensibles à leurs présupposés qu’à la lettre et à l’esprit des propos tenus. La démocratie ne gagne rien aux simplifications ni aux soupçons systématiques. Elle progresse lorsque le débat public se fonde sur les faits, la bonne foi et la recherche partagée de l’intérêt général. C’est à cette discipline de l’esprit que chacun est invité, s’il entend contribuer utilement à l’avenir de la Mauritanie.

